Les bases ·Consensus scientifique ·12 septembre 2023 ·mis à jour le 17 juin 2026 ·6 min de lecture

L’hypnose : ce qu’elle est, et ce qu’elle n’est pas

Par Victoria

Pourquoi cette question compte

Avant de se demander « est-ce que ça marche, et pour quoi ? », il faut savoir de quoi on parle. L’hypnose traîne un imaginaire de spectacle et de cinéma, un pendule, un claquement de doigts, une personne qui obéit sans s’en souvenir. Cet imaginaire empêche de comprendre, et il peut faire peur, au point de freiner ceux qui pourraient en bénéficier 2. Remettre les choses au clair, c’est le point de départ de tout le reste.

Ce que l’hypnose est, vraiment

C’est d’abord un état d’attention particulière. On guide la personne vers une concentration intense, souvent accompagnée de détente, où l’attention se resserre et où la conscience du monde extérieur diminue 1. Cette mise en route porte un nom, l’induction 1. Point important, le cerveau n’est pas endormi : sous hypnose, on n’est ni endormi ni inconscient 2.

La clé n’est pas la détente, c’est la suggestion. Sous hypnose, certaines propositions, « votre main devient légère », « cette sensation s’atténue », sont vécues de façon plus directe, presque automatique. C’est cette réceptivité accrue aux suggestions qui définit l’hypnose 1.

Et cela ne fonctionne pas pareil pour tout le monde. Depuis la fin des années 1950, les chercheurs mesurent la sensibilité à l’hypnose à l’aide d’échelles standardisées, comme les échelles de Stanford 3. Une minorité de personnes y répond très fortement, une autre très peu, et la majorité se situe entre les deux 3. Ce trait est plutôt stable dans le temps : une étude a suivi les mêmes personnes sur vingt-cinq ans et retrouvé des scores remarquablement stables 4. Ce n’est donc ni une faiblesse ni un don, juste une variation individuelle.

Que voit-on dans le cerveau ? Les synthèses d’imagerie montrent que l’hypnose modifie l’activité et la coordination de grands réseaux liés à l’attention et au contrôle 6. Une suggestion peut par exemple réduire l’activité des circuits cérébraux de la douleur : dans une étude de référence, suggérer que la douleur est moins désagréable diminuait à la fois le ressenti et l’activité du cortex cingulaire antérieur, sans toucher les zones du simple ressenti sensoriel 5. Autrement dit, l’effet n’est pas « dans la tête » au sens péjoratif, il s’inscrit dans le fonctionnement du cerveau 2, 5.

Reste un débat honnête, encore ouvert. Les scientifiques ne s’accordent pas tous sur ce qu’est l’hypnose au fond. Pour les uns, c’est un véritable état modifié de conscience ; pour les autres, elle s’explique par des processus ordinaires, attention, imagination, attentes, contexte social 7. Les données d’imagerie elles-mêmes ne tranchent pas : peu de marqueurs cérébraux ressortent de façon constante d’une étude à l’autre 6. On sait donc mieux décrire l’hypnose qu’on ne sait l’expliquer. C’est la position que tient ce site : l’hypnose n’est pas un état d’exception, mais une variation naturelle de la conscience.

Ce que l’hypnose n’est pas

  • Ce n’est pas du sommeil. Le mot vient du grec hypnos, « sommeil », et c’est trompeur : sous hypnose, on est éveillé et attentif, pas inconscient 2.
  • Ce n’est pas une perte de contrôle. On conserve sa volonté et ses valeurs : on ne peut pas vous faire commettre un acte que vous refusez, et l’on peut résister à une suggestion, voire s’y opposer. Les numéros de scène reposent sur des volontaires qui acceptent de jouer le jeu, sur le contexte et sur l’attente, pas sur une emprise 2.
  • Ce n’est pas une amnésie automatique. On se souvient en général de la séance, sauf si une perte de souvenir est spécifiquement suggérée 2.
  • Ce n’est pas un sérum de vérité ni une machine à retrouver des souvenirs. Au contraire, l’hypnose peut créer de faux souvenirs et renforcer la confiance qu’on leur accorde, sans rendre le souvenir plus exact. C’est pourquoi elle n’a pas de valeur pour « récupérer » des souvenirs fiables, un point important en justice, où de nombreux tribunaux encadrent ou écartent les témoignages obtenus sous hypnose 8.
  • Ce n’est ni magique, ni réservé à quelques-uns. Aucun pouvoir surnaturel, et la majorité des gens peuvent en faire l’expérience à un certain degré 3.

Ce que ça veut dire, et ses limites

Comprendre ce qu’est l’hypnose, ce n’est pas encore savoir à quoi elle sert. Savoir qu’elle modifie l’attention et la perception ne dit rien, à soi seul, de son efficacité contre la douleur ou l’anxiété : ce sont d’autres questions, qui demandent d’autres études (voir nos articles dédiés). Et il faut assumer la part d’incertitude : aujourd’hui, la recherche décrit l’hypnose mieux qu’elle ne l’explique 6, 7.

Ce que ça change pour vous

Si l’hypnose vous intriguait ou vous inquiétait, retenez ceci : vous restez aux commandes, rien ne vous sera imposé 2, et il n’y a là rien de surnaturel. Si vous envisagez l’hypnose à visée thérapeutique, gardez deux repères en tête : son effet varie d’une personne à l’autre 3, et elle s’aborde avec un professionnel qualifié, en complément d’un suivi de santé, jamais à sa place.

En bref

  • L’hypnose repose sur un fonctionnement ordinaire du cerveau, une attention concentrée et une réceptivité accrue aux suggestions 1, pas un « état d’exception ».
  • Tout le monde n’y répond pas de la même façon : la sensibilité à l’hypnose est une caractéristique mesurable 3, assez stable au cours de la vie 4.
  • Ce qu’elle n’est pas : du sommeil, une perte de contrôle, ou un moyen de faire agir quelqu’un contre sa volonté 2.

Pour aller plus loin

Glossaire : induction · suggestion · sensibilité hypnotique · état modifié de conscience

À lire ensuite : « Comment lire la science de l’hypnose » · « L’hypnose peut-elle vraiment réduire la douleur ? »

Sources

  1. 1. Elkins, G. R., Barabasz, A. F., Council, J. R., & Spiegel, D. (2015). Advancing research and practice: the revised APA Division 30 definition of hypnosis. International Journal of Clinical and Experimental Hypnosis, 63(1), 1-9. (Définitions de l’hypnose, de l’induction et de l’hypnotisabilité ; reprises par la Society of Psychological Hypnosis, APA Division 30.) doi.org/10.1080/00207144.2014.961870
  2. 2. Lynn, S. J., Kirsch, I., Terhune, D. B., & Green, J. P. (2020). Myths and misconceptions about hypnosis and suggestion: separating fact and fiction. Applied Cognitive Psychology, 34(6), 1253-1264. (L’hypnose n’est pas du sommeil ; on garde le contrôle et on peut résister aux suggestions ; l’amnésie n’est pas automatique ; les numéros de scène reposent sur le contexte et le volontariat ; les effets ont des corrélats cérébraux.) doi.org/10.1002/acp.3730
  3. 3. Weitzenhoffer, A. M., & Hilgard, E. R. (1959, 1962). Stanford Hypnotic Susceptibility Scales, Forms A-B et C. Consulting Psychologists Press ; Hilgard, E. R. (1965). Hypnotic Susceptibility. Harcourt, Brace & World ; Hilgard, E. R., Weitzenhoffer, A. M., Landes, J., & Moore, R. K. (1961). The distribution of susceptibility to hypnosis in a student population. Psychological Monographs, 75(8). (Mesure standardisée ; répartition faible / moyenne / élevée ; la plupart des personnes répondent à un certain degré.)
  4. 4. Piccione, C., Hilgard, E. R., & Zimbardo, P. G. (1989). On the degree of stability of measured hypnotizability over a 25-year period. Journal of Personality and Social Psychology, 56(2), 289-295. doi.org/10.1037/0022-3514.56.2.289
  5. 5. Rainville, P., Duncan, G. H., Price, D. D., Carrier, B., & Bushnell, M. C. (1997). Pain affect encoded in human anterior cingulate but not somatosensory cortex. Science, 277(5328), 968-971. doi.org/10.1126/science.277.5328.968
  6. 6. Landry, M., Lifshitz, M., & Raz, A. (2017). Brain correlates of hypnosis: a systematic review and meta-analytic exploration. Neuroscience & Biobehavioral Reviews, 81, 75-98. (Réseaux attentionnels et de contrôle ; peu de marqueurs constants d’une étude à l’autre.) doi.org/10.1016/j.neubiorev.2017.02.020
  7. 7. Lynn, S. J., Fassler, O., & Knox, J. (2005). Hypnosis and the altered state debate: something more or nothing more? Contemporary Hypnosis, 22(1), 39-45. doi.org/10.1002/ch.21
  8. 8. Laurence, J.-R., & Perry, C. (1983). Hypnotically created memory among highly hypnotizable subjects. Science, 222(4623), 523-524 (doi:10.1126/science.6623094) ; Scoboria, A., Mazzoni, G., Kirsch, I., & Milling, L. S. (2002). Immediate and persisting effects of misleading questions and hypnosis on memory reports. Journal of Experimental Psychology: Applied, 8(1), 26-32. (L’hypnose peut créer de faux souvenirs et augmenter la confiance sans l’exactitude ; d’où l’encadrement ou l’exclusion des témoignages obtenus sous hypnose, cf. Rock v. Arkansas, 1987.)

L’hypnose est un état naturel dans lequel l’attention est particulièrement concentrée et l’esprit plus réceptif aux suggestions. Ce n’est ni du sommeil, ni une perte de contrôle, ni quelque chose de magique. Son existence et ses effets sont largement reconnus par la communauté scientifique, même si la nature profonde du phénomène fait encore débat.